Santé mentale : grande cause nationale 2025
L’ex Premier Ministre Michel Barnier a fait de la santé mentale la grande cause nationale 2025 en annonçant quatre objectifs prioritaires :
- La déstigmatisation, pour changer le regard des Français sur le sujet
- Le développement de la prévention et du repérage précoce grâce à des actions de sensibilisation et de formation dans tous les domaines
- L’amélioration de l’accès aux soins sur tout le territoire (structuration des parcours de prise en charge, développement des nouveaux métiers, doublement du nombre de maisons des adolescents)
- L’accompagnement des personnes concernées (logement, emploi, formation, loisirs…)
Plusieurs études récentes montrent à quel point l’enjeu est important, notamment dans le monde du travail.

RPS et absentéisme
Ainsi, d’après le baromètre absentéisme de Malakoff Humanis publié en 2024, 32% des salariés en arrêt de travail longue durée ont pour raison principale à leur arrêt un motif psychologique, soit un triplement en l’espace de trois ans. Et même sans être en arrêt, 42% des salariés se considéraient en situation de détresse psychologique, alors même que les trois quart des salariés ont déjà ressenti un trouble de santé mentale lié à leur travail dans les cinq dernières années.
Selon le Datascope 2025 d’Axa France, le taux d’absentéisme a augmenté de 41% en cinq ans et s’élève désormais à 23,3 jours en moyenne, avec un bond important de la fréquence des arrêts de longue durée (+7,5%). Les troubles psychologies en sont la première cause. Ces absences touchent plus particulièrement trois catégories de populations : les cadres (+9%), les femmes et les séniors (+7%).
L’impact des conditions de travail
Le baromètre santé mentale et QVCT pour 2025, réalisé par l’IPSOS pour Qualisocial, révèle également de son côté les conditions de travail qui pèsent sur la santé mentale. Ainsi, trois salariés sur dix ne travaillent pas dans un environnement sain, et autant déclarent avoir fait un burn-out sur les cinq dernières années.
Par ailleurs, un salarié sur quatre est en état de mauvaise santé mentale mais plus particulièrement :
- Les personnes sans télétravail : elles sont 29% à souffrir, contre 23% des salariés avec 2 jours de télétravail
- Les personnes en temps partiel : elles sont 38% à être en mauvaise santé mentale, contre 25% des personnes à temps plein
Or de bonnes conditions de travail sont nécessaires pour améliorer la bonne santé mentale. Ainsi, les salariés en bonne santé mentale sont :
- Plus engagés au travail (+39%)
- Avec une meilleure énergie (+55%)
Perception de l’état de santé mentale et réalité
Une grande enquête menée par l’IFOP et commandée par Moka care et le GHU Paris, met en avant que 3 salariés sur 10 ne travaillent pas dans un environnement sain et respectueux. Ils sont autant à déclarer avoir déjà fait un burn-out à cause du travail dans les cinq dernières années. Et l’écart entre la perception affirmée et la réalité est parfois important, en particulier chez les femmes. Elles sont ainsi 81% à se considérer en bonne santé, alors qu’elles sont 62% seulement à l’être vraiment et, à l’inverse, 38% en état de mal-être mental avec un risque de dépression (30% pour l’ensemble des salariés).
Plus inquiétant encore, 45% des professionnels RH se sont déjà arrêtés quelques jours pour des raisons de santé mentale, contre 36 % pour l’ensemble des salariés. Ces mêmes professionnels qui sont sensés agir le plus sur la prévention et la protection des ces risques.
Des populations plus touchées que d’autres
Par ailleurs, les femmes sont en moyenne deux fois plus touchées que les hommes. Ainsi, 45% d’entre elles ont déjà ressenti du stress chronique à cause de leur travail, contre 26% des hommes. Les jeunes aussi font plus largement peser leur état de santé mental sur leur engagement au travail. Ainsi, 56% des salariés de moins de 35 ans ont déjà été amenés à travailler moins, ou moins efficacement, en raison de leur santé mentale. Ils sont deux fois plus nombreux à avoir déjà démissionné en raison de cet état.
Pire encore, 1 salarié sur 3 a déjà vécu ou été témoin de violences verbales sur le lieu de travail, et 1 salarié sur 3 a déjà vécu ou été témoin de harcèlement moral sur le lieu de travail.
Il ressort également de cette étude que le travail reste le facteur qui a l’impact le plus important sur la santé mentale des salariés (87%), devant la famille et le contexte économique, avec une tendance plus forte chez les cadres (à 77% contre 67% pour l’ensemble des salariés).
Causes et stéréotypes
Les causes sont multiples : Charge de travail excessive, incivilités, conflits, exigences démesurées, décalage entre les valeurs personnelles et celles de l’entreprise ou encore la relation avec le supérieur hiérarchique… Mais c’est surtout la surcharge de travail qui reste le premier risque professionnel affectant la santé mentale, parce qu’elle provoque un stress chronique, avec fatigue, irritabilité et troubles du sommeil.

Et pourtant, 3 managers sur 10, en particuliers les hommes, pensent que les troubles de santé mentale sont un signe de faiblesse, et plus d’un sur deux pense que les personnes affectées par un trouble psychique ou une maladie mentale pose forcément des problèmes au travail !
La santé mentale : un enjeu de société, une obligation pour l’employeur
Face à ces chiffres alarmants, 86% des salariés pensent que la santé mentale est un enjeu de société et souhaitent que leur employeur mette en place des mesures pour mieux protéger leur santé mentale. Ces mesures de prévention et de protection manquent de visibilité, puisque plus des deux tiers des entreprises auraient déjà mis en place un tel dispositif. En effet, les politiques de prévention restent encore centrées sur la réaction face aux situations d’alerte plutôt que sur la prévention en profondeur de l’apparition des risques psychosociaux. Seuls 15% des managers indiquent avoir accès à des formations sur la prévention de la santé mentale !
C’est pourtant une obligation pour l’employeur que de protéger la santé mentale de ses salariés, et même de veiller à la charge de travail, y compris pour les cadres au forfait jour.
Et les CCI dans tout ça ?
Les CCI ne sont pas épargnées. Avec des baisses continus de moyens, tant humains que financiers, mais sans que les missions n’aient été réellement revues à la baisse, les salariés des CCI sont nombreux à exprimer tant leur mal être au travail, leur surcharge d’activité ou encore la perte de sens.
C’est pourquoi la CFDT-CCI, premier syndicat représentatif, profite de la mise en avant du sujet pour rappeler ses principales actions et revendications en la matière, en insistant sur une nécessaire prise de conscience de nos directions :

- Nos actions :
- Un accompagnement de chaque collègue qui serait en situation de RPS
- L’exercice régulier de son droit d’alerte
- La prise en compte des équilibres professionnels et privés et de l’égalité femmes – hommes dans nos prises de positions en négociation
- Nos revendications :
- Le droit au repos effectif et à la déconnexion
- La mise en place d’actions d’information et de sensibilisation
- La mise en place de formations dédiées, notamment des managers
- Le suivi et la régulation de la charge de travail
- Le respect de l’équilibre vie professionnelle – vie privée
- La mise en place d’espaces de dialogue
- La prise en compte des populations les plus exposées et les plus fragiles (parents, aidants, handicapés…)
- L’intégration de la santé mentale et de ses causes (surcharge de travail, incivilités, relationnel…) dans les DUERP (Document Unique d’Evaluation des Risques Professionnels) et PAPRIPACT (Programme Annuel de Prévention des Risques Professionnels et d’Amélioration des Conditions de Travail)
- Le lancement d’un baromètre social national
- …
Contrairement à ce que de nombreux directeurs et présidents le pensent, le personnel n’est pas une charge, mais un investissement. C’est grâce à lui que des projets peuvent voir le jour et se déployer sur les territoires, grâce à lui que des ressources nouvelles peuvent être mobilisées, grâce à lui encore que les CCI sont le premier réseau d’accompagnement de proximité des entreprises. A trop vouloir tailler dans les effectifs, on coupe la branche sur laquelle on est assis.
Rejoignez la CFDT-CCI !